Mélenchon en bout de course edit

20 February 2026

Jean-Luc Mélenchon est finalement rendu là où il devait finir, isolé et rejeté aux extrêmes. Le drame du 14 février, le leader de LFI en est responsable politiquement même s’il n’est bien sûr pour rien dans l’assassinat de Quentin Deranque. C’est lui, personnellement, qui, voici trois ans, a arrimé la jeune garde à LFI, comme l’explique l’ex députée LFI, Raquel Garrido, purgée à cette époque pour son hostilité à la réorientation de LFI consistant à créer un climat de violence et à prétendre exercer seul le leadership de la gauche.

Sa stratégie d’affaiblissement du parlementarisme s’est doublée dans la dernière période d’appels à l’insurrection populaire et de tentatives de mobilisation de la rue. Souvenons-nous du député LFI, Adrien Quatennens, appelant en 2024 à des marches populaires sur l’Élysée. Cherchant à noyauter et à instrumentaliser le mouvement « Bloquons tout le 10 septembre [2025] » Mélenchon réaffirmait alors clairement son objectif : faire de ce mouvement l’arme visant à obtenir par la force le départ du président de la République. Appelant à la grève générale, il visait sans s’en cacher à déclencher un processus de crise institutionnelle : « Si l’action est réussie le 10, la question c’est qu’est-ce qu’on fait le 11, et puis le 12 ?  Ne perdons pas de temps, censurons tout de suite ». « Puisque le président a déclaré qu’il ne quitterait pas l’Élysée et resterait “jusqu’au dernier quart d’heure”, nous allons lui procurer le dernier quart d’heure », promettait-il.  C’est lui, enfin, qui a fait désigner le chef de la Jeune garde, Raphaël Arnault, comme candidat LFI à Avignon aux élections législatives de 2024 et qui a créé un lien fort avec ce groupuscule qui devait être dissous l’année suivante par le ministère de l’Intérieur pour ses actions directes jugées violentes et dont le chef a été classé S. Comme l’analyse fort justement François Hollande, LFI porte une double responsabilité dans la mort de Quentin Deranque. La première, « depuis des mois », est « l’espèce de brutalité dans l’expression, de dénonciation permanente, de mise en accusation, d’outrance, de formules verbales qui blessent ». Une stratégie qui vise selon l’ancien président à ce qu’il n’y ait « plus rien » entre les Insoumis et l’extrême droite. La deuxième est « d’avoir accepté d’avoir un lien avec un groupe, en l’occurrence La Jeune Garde, qui fait du combat physique son but et sa méthode ».

LFI, un parti d’extrême-gauche

La situation actuelle confirme que le ministère de l’Intérieur a eu doublement raison l’an dernier de dissoudre ce groupuscule et, à la veille du drame, de classer LFI à l’extrême-gauche pour les élections municipales, même si le qualificatif de gauche peut être discuté. Jusqu’au drame du 14 février, les socialistes comme les écologistes se sont divisés sur le bien-fondé de ces deux décisions, et des ambiguïtés demeurent encore aujourd’hui, même si la dynamique politique entraîne ces deux organisations vers une rupture complète avec le parti de Jean-Luc Mélenchon.

Il faut reconnaître que celui-ci ne facilite pas la tâche de ses anciens alliés, et notamment aux dirigeants du PS, Olivier Faure, et des Écologistes, Marine Tondelier, qui jusqu’au bout auront tenté de sauver ce qui pouvait l’être de l’union de la gauche et de son dernier avatar, le Nouveau Front populaire, aujourd’hui le mal nommé. Marine Tondelier avait signé en mai dernier une tribune contre la dissolution de la Jeune Garde, publiée dans l’Humanité. « Soutien à la Jeune Garde », écrivait-elle alors. Olivier Faure de son côté avait critiqué le classement de LFI à l’extrême-gauche. Le patron du PS avait attaqué alors ceux qui « cherchent à dédiaboliser l'extrême droite » pour « transmettre le mistigri à la gauche radicale ». Il précisait : « Le Conseil d'État a déjà tranché cette question et LFI est un parti de la gauche radicale. C'est un parti qui s'inscrit dans un parcours (...) électoral, démocratique, et on ne peut pas les classer à l'extrême gauche ». Les déclarations récentes de Jean-Luc Mélenchon rendent de plus en plus difficile, pour ses anciens alliés, de tenir cette ligne. Il a certes condamné clairement la violence ayant conduit à la mort de Quentin Deranque : « On se déshonore lorsque, étant contre la peine de mort, on ne calcule plus la portée de ses propres actes, et que l’on frappe d’une manière qui, de toute évidence, comporte le risque d’infliger la mort. » Mais, dans la plus grande confusion, il a également expliqué que son parti s’était « délibérément rapproché » de La Jeune Garde il y a quelques années. « Nous ne nous sommes pas cachés, nous admirions ces jeunes gens. Nous gardons pour eux une grande affection. Même si nous ne sommes pas d'accord. » Malgré cette condamnation de la violence, il garde donc cette « grande affection » pour ce groupuscule et continue de soutenir son chef, Raphaël Arnauld. Olivier Faure condamne la violence mais attend « la vérité judiciaire » sans condamner explicitement le rôle politique de LFI pour son soutien à son jeune appendice.

On ne voit pas comment, dans cette conjoncture, le Premier secrétaire pourrait garder la direction du parti socialiste alors que de ses rangs se développe un large courant favorable à une rupture complète, lui qui jusqu’ici n’a jamais exclu totalement des accords de second tour avec LFI aux élections municipales. C’est donc finalement sur cette question que pourrait s’opérer un changement de ligne politique de ce parti. « Tout ça montre que ceux qui refusaient l’alliance avec LFI, avaient politiquement et moralement raison » insiste le sénateur socialiste Rémi Féraud. La sénatrice Laurence Rossignol élargit encore le champ de la discussion : « Quant à tous ceux, chez nos alliés, qui se posent comme étant le trait d’union entre LFI et le PS, ils devront choisir. Il n’y aura pas de trait d’union possible entre le PS et LFI. » Les amis d’Olivier Faure auront du mal dans ces conditions à défendre leur ligne politique, même en l’assouplissant.

Cette conjoncture nouvelle aura sans doute deux conséquences importantes pour le Parti socialiste : non seulement l’union de la gauche avec LFI paraît définitivement morte mais encore une primaire de gauche avec les écologistes et les membres purgés de LFI n’aura sans doute pas lieu. On se dirige ainsi vers une candidature de centre gauche. Le meurtre de Quentin Deranque marquera donc à l’évidence une date importante dans l’histoire de la gauche française depuis 2017.